Le Risk-based monitoring, une nouvelle approche du contrôle qualité

Article rédigé par la Société Pharmaspecific, spécialiste en recherche clinique

Le Risk-based monitoring, une nouvelle approche du contrôle qualité

Depuis quelques années, nous assistons à un véritable changement concernant la façon de réaliser le monitoring d’un essai clinique, et ce, à l’échelle internationale.
En effet, une nouvelle approche fondée sur le risque a été intégrée dans les Bonnes Pratiques Cliniques (BPC ; ICH GCP, section 5.1) et dans la Directive Européenne 2005/28/EC. On parle de « Monitoring des essais cliniques adapté au risque » (ou « Risk-based monitoring », en anglais).

Dans cet article, nous te proposons de t’expliquer cette notion qui peut paraître un peu compliquée de prime abord.

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Risk-based monitoring, une nouvelle approche pour le contrôle qualité!

1. Contexte règlementaire

En Europe, les BPC se sont imposées à l’ensemble des essais cliniques portant sur un médicament à usage humain par les directives européennes 2001/20/CE et 2005/28/CE (les BPC ont été transposées dans le droit français par la décision du 24 novembre 2006). Elles y intègrent de nombreuses notions, dont celle du monitoring.

Définition du monitoring (issue de la Décision du 24 Novembre 2006) : «  Activité consistant à surveiller le déroulement d’une recherche biomédicale et à s’assurer qu’elle est conduite et que les données sont recueillies et rapportées conformément au protocole,aux procédures opératoires standardisées, aux BPCs et aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur »

Le monitoring de la totalité des dossiers sources sur site a longtemps été considéré comme l’approche standard, appliquée par les ARCs. Mais depuis quelques années, une nouvelle tendance se dessine.

En effet en 2013, la FDA (Food and Drug Administration) et l’EMA (European Medicines Agency) ont publié respectivement un guide (« Oversight of clinical investigations – a risk based approach to monitoring » et « Electronic source data in clinical investigations ») et un texte de réflexion (« Reflection paper on risk based quality management in clinical trials », téléchargeable ici), encourageant les industries pharmaceutiques à considérer une nouvelle approche de monitoring, le « Risk-based monitoring » (RBM).

Cette approche a été créée suite à des défaillances significatives dans la surveillance des essais cliniques malgré 100% de SDV (Source Data Verification = Vérification des données sources) sur site. La FDA et l’EMA ont donc recommandé une approche plus centralisée du monitoring, comprenant de nombreux indicateurs de performance pour identifier les problèmes sur le site de recherche, et pour limiter la quantité de SDV effectuée.

Le RBM intègre donc la notion de risque, encouru par le participant, et consiste à adapter le rythme des visites de monitoring de l’ARC en fonction de ce risque.

2. Le monitoring adapté au risque (Risk Based Monitoring, RBM), en quoi cela consiste-il ?

Contrairement au monitoring « standard » qui consiste à vérifier 100 % des données sources et à identifier les erreurs de transcription de données sources dans le CRF papier ou électronique, le Monitoring adapté au risque (RBM) souhaite optimiser et alléger le monitoring.

L’intensité de la vérification des données sur site sera donc adaptée au niveau de risque, préétabli dès le début de l’étude dans le « Risk management plan ». Cela permettra entre autres d’optimiser le monitoring sur site, donc de réduire le temps passé dans le centre, et en conséquence, le coût alloué au monitoring (près de 30% du budget d’une étude est consacré au monitoring !).
Cela passe notamment par du « Remote monitoring » (un article a été rédigé à ce sujet, tu peux le consulter à nouveau sur le blog en cliquant sur ce lien : https://blogdelarechercheclinique.com/remote-monitoring/).

A noter que les vérifications des consentements, des critères d’éligibilité, et des données de sécurité (EIG) restent inchangées lors des monitorings sur site.

Dans son guide, la FDA encourage les promoteurs à « effectuer des analyses statistiques globales de données de l’étude pour identifier les sites qui sont aberrants par rapport aux autres ». Autrement dit, le promoteur peut identifier les centres dont les données diffèrent considérablement des autres grâce à des algorithmes statistiques. Le promoteur va chercher à détecter une information incompatible généré par un centre, par rapport aux données produites par l’ensemble des autres sites participant à l’essai clinique.

Par exemple, si un centre fait les mêmes erreurs sur plusieurs patients inclus ou, lorsqu’au contraire, un centre ne fait jamais d’erreur, le promoteur doit être capable de l’identifier grâce à son logiciel. Ainsi, le promoteur évalue la cohérence des données de chaque centre et détecte les données anormales pour identifier les problèmes spécifiques de chaque centre.
En identifiant ainsi les écarts de données, le promoteur pourra déclencher une visite de monitoring sur site, ou bien orienter l’ARC sur tels ou tels points à vérifier lors de sa prochaine visite sur site.

Prévenir et identifier les risques (détection des erreurs, laisser-aller, fraude, falsification) le plus tôt possible grâce aux statistiques permet d’anticiper et de corriger le problème avant qu’il ne s’aggrave.

3. L’application du RBM dans l’AP-HP (Assistance Publique – Hôpitaux de Paris)

Depuis 2003, l’AP-HP applique le Risk-based monitoring, selon le type d’essai clinique (avec ou sans médicaments) et selon la phase de l’étude concernée, notamment pour des raisons budgétaires.

Clique ici, Tu trouveras dans le lien suivant 3 grilles qu’utilisent l’AP-HP pour définir le niveau de monitoring (A, B, C, ou D ; D étant le niveau le plus élevé) d’un essai clinique (Cf. diapos 13, 15 et 16).

4. Compétences requises pour l’ARC

Dans le RBM, l’ARC intégrera l’examen de la qualité des données dans son ensemble. Pour cela, l’ARC devra améliorer et/ou renforcer certaines de ses compétences :
– Utiliser des logiciels statistiques afin d’identifier les écarts de données ;
– Interpréter ces écarts, c’est-à-dire, avoir une vue d’ensemble sur les données de l’étude : évaluer l’ensemble des données d’un site, par rapport à celles des autres sites afin de voir si des erreurs sont récurrentes, et donc les corriger au plus vite.
– Effectuer du monitoring à distance (par téléphone, remote monitoring, …)
– Rédiger des outils d’aide à la prise de décision en fonction des types de risque
– Rédiger un « risk management plan »

Les formations initiales ou continues en recherche clinique devront s’adapter, afin de permettre aux ARCs d’acquérir ces nouvelles compétences.

Conclusion :
Il a été démontré qu’une fréquence élevée de monitoring sur site ne conduisait pas nécessairement à une meilleure qualité des données de l’essai. En apportant plus de clarté et d’efficacité, le Monitoring basé sur le risque sera la nouvelle norme à adopter par tous les ARCs. La nouvelle génération d’ARCs devra donc développer de nouvelles compétences afin de réaliser ce type de monitoring dans les bonnes conditions : proactivité, compétences en statistiques et analyse, etc.

L’intégration de logiciels de statistiques dans le Monitoring basé sur le risque sera donc indispensable au promoteur pour prévenir les risques éventuels, et pour l’aider à améliorer l’efficacité de son processus de monitoring mais aussi la qualité et la fiabilité de ses données cliniques.

Sources :

– Journal of clinical research best practices, Vol. 9, N°9, September 2013, « Adaptive monitoring : Risk-based monitoring and beyond » by Michael Rosenberg
– « Competencies for the changing role of the clinical study monitor : implementing a risk-based approach to monitoring », April 29, 2014 by Charlene Stubbs et al.
http://www.cluepoints.com/solutions/reduce-regulatory-submission-risk
http://www.fcrin.org/

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Vanessa Montanari

Je suis Vanessa Montanari, attachée de recherche clinique, chef de projet et dirigeante, depuis 6 ans, de Pharmaspecific, ma propre société de prestation de services, en recherche clinique. www.pharmaspecific.fr

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